La facture d’électricité des parties communes a explosé de 60 % entre 2022 et 2025 dans la plupart des résidences que j’accompagne. Chaque mois, je reçois des appels de présidents de conseil syndical dépassés : le syndic promet de « regarder les offres » mais rien ne bouge, et les charges continuent de grimper. Ce qui me frappe, c’est que la majorité des copropriétés passent à côté de leviers d’optimisation qui pourraient leur faire économiser entre 10 et 20 % — sans travaux, juste en ajustant le contrat.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion de patrimoine. Consultez un conseiller financier ou courtier en énergie certifié pour toute décision impactant le contrat d’électricité de votre copropriété.
L’essentiel en 30 secondes
- Copropriétés ≤36 kVA : éligibles au tarif réglementé mais peuvent opter pour une offre de marché
- Copropriétés >36 kVA : obligées de passer en offre de marché depuis 2016
- Le TURPE (acheminement) représente environ 30 % de la facture et peut être optimisé selon le profil d’utilisation
- Tout changement de fournisseur nécessite un vote en AG à la majorité simple (article 24)
Points clés abordés
Ce que vous payez vraiment sur votre facture d’électricité
Quand je demande aux syndics de me détailler leur facture, neuf fois sur dix ils ne voient qu’un montant global. C’est une erreur. Votre facture se décompose en trois blocs bien distincts, et c’est en comprenant cette structure que vous identifierez vos marges de manœuvre.

Le premier bloc, c’est la fourniture — le prix de l’électron que vous consommez. C’est le seul élément sur lequel vous pouvez vraiment négocier en changeant de fournisseur. Le deuxième bloc, c’est le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) : il rémunère Enedis pour l’acheminement et représente autour de 30 % de la facture. Le troisième bloc regroupe les taxes : accise sur l’électricité, CTA et TVA.
Selon la délibération CRE du 14 janvier 2026, l’accise passe de 29,98 €/MWh à 30,85 €/MWh au 1er février 2026 tandis que la CTA baisse de 21,93 % à 15 %. Ces ajustements croisés maintiennent la facture TTC globalement stable pour les petits compteurs — autour de 1 042 € par an pour une consommation de 4,5 MWh.
| Composante | Part moyenne | Marge de manœuvre |
|---|---|---|
| Fourniture (prix du kWh) | 35-40 % | Forte (changement fournisseur) |
| TURPE (acheminement) | 28-32 % | Moyenne (version tarifaire) |
| Taxes et contributions | 25-30 % | Nulle (réglementé) |
Mon conseil (qui n’engage que moi) : avant de comparer les fournisseurs, récupérez vos trois dernières factures et isolez ces trois blocs. Vous saurez immédiatement où agir. Beaucoup de syndics se focalisent uniquement sur le prix du kWh alors que l’optimisation du TURPE peut rapporter davantage selon le profil de votre copropriété.
Les 3 stratégies d’optimisation selon votre profil de copropriété
Le piège classique, c’est de croire qu’une seule solution convient à toutes les copropriétés. En réalité, la stratégie dépend de deux facteurs : la puissance de votre compteur (en dessous ou au-dessus de 36 kVA) et le profil d’occupation de la résidence (permanente ou saisonnière). Pour approfondir les spécificités des tarifs selon les profils d’électricité copropriété, plusieurs critères entrent en jeu.

Quelle stratégie pour votre copropriété ?
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≤36 kVA ET occupation permanente :
Comparez TRV vs offres de marché, économies potentielles de 5 à 15 %
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≤36 kVA ET résidences secondaires majoritaires :
Restez au TRV mais optimisez la puissance souscrite
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>36 kVA ET occupation permanente :
Mise en concurrence obligatoire + version TURPE LU (Longue Utilisation)
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>36 kVA ET occupation saisonnière :
Mise en concurrence + version TURPE MU ou CU selon profil
Copropriété ≤36 kVA : TRV ou offre de marché ?
Si votre compteur affiche une puissance inférieure ou égale à 36 kVA, vous avez le choix entre le tarif réglementé de vente (le fameux Tarif Bleu EDF) et les offres de marché. Attention toutefois : la CRE a annoncé la suppression de l’option base pour les puissances 18-36 kVA à partir du 1er février 2026. Si vous êtes dans cette tranche, vous passerez automatiquement en option heures pleines/heures creuses.
Franchement, je déconseille de rester au TRV si votre copropriété consomme plus de 15 000 kWh par an. Dans ce cas, les offres de marché à prix fixe sur 2 ou 3 ans offrent généralement une meilleure visibilité budgétaire. Mais si vous consommez moins — typiquement une petite résidence avec juste l’éclairage des parties communes — le TRV reste une valeur sûre.
Copropriété >36 kVA : négocier votre offre de marché
Pas le choix ici : depuis 2016, les compteurs au-dessus de 36 kVA n’ont plus accès au tarif réglementé. Vous êtes obligés de passer par une offre de marché. Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle — les marges de négociation sont souvent plus importantes sur ce segment.
Ce que je recommande toujours à mes clients : ne vous contentez jamais d’un seul devis. Sollicitez au minimum 4 fournisseurs. Les écarts de prix que j’observe vont de 8 à 22 % selon les périodes et les volumes. Un courtier en énergie peut vous aider dans cette démarche, mais attention : vérifiez qu’il n’est pas lié exclusivement à certains fournisseurs.
Résidences mixtes : optimiser le TURPE selon l’occupation
J’ai accompagné une copropriété à Annecy où 40 % des lots étaient des résidences secondaires. Leur facture était anormalement élevée. En creusant, j’ai découvert qu’ils étaient en version TURPE « Longue Utilisation » alors que leur profil correspondait clairement à une « Moyenne Utilisation ». Le passage de LU à MU leur a fait économiser près de 12 % sur le TURPE — sans changer de fournisseur.
Cette liste n’est pas exhaustive, et d’autres optimisations techniques existent selon votre configuration. Mais ces trois stratégies couvrent 80 % des situations que je rencontre sur le terrain.
TURPE, taxes, puissance : les leviers souvent ignorés
Le piège que je vois le plus souvent ? Se focaliser sur le prix du kWh en oubliant tout le reste. Le TURPE à lui seul peut représenter un gisement d’économies de 8 à 15 % — à condition de choisir la bonne version tarifaire.
Attention : Choisir une version tarifaire LU (Longue Utilisation) pour une copropriété à occupation saisonnière génère un surcoût de 8 à 15 % sur la facture annuelle. Dans mon activité d’accompagnement des syndics en Île-de-France (environ 35 dossiers par an depuis 2023), je constate régulièrement cette erreur. Ce constat est limité aux copropriétés de taille moyenne en zone urbaine ; les résultats peuvent varier selon le taux d’occupation et les équipements.
Selon le document Enedis TURPE 7, trois versions d’utilisation existent : LU pour les consommations régulières toute l’année, MU pour les consommations moyennes, et CU (Courte Utilisation) pour les usages très ponctuels. Bonne nouvelle : vous pouvez modifier votre version tarifaire jusqu’au 31 janvier 2026 sans respecter la période habituelle de 12 mois.
8 milliards €
enveloppe CEE prévue en 2026 (source : Connaissance des Énergies)
Autre levier méconnu : la puissance souscrite. J’ai vu des copropriétés avec un abonnement 36 kVA alors qu’elles ne dépassaient jamais 24 kVA en pointe. Passer à une puissance adaptée fait baisser l’abonnement de plusieurs centaines d’euros par an. Demandez à votre syndic de vous fournir la courbe de charge des 12 derniers mois — c’est gratuit via Enedis.
Au-delà du contrat, les solutions pour réduire la consommation énergétique permettent d’agir sur le volume consommé lui-même. Mais c’est un autre chantier, qui implique souvent des travaux.
Concernant les évolutions réglementaires, la délibération TURPE 7 de mars 2025 prévoit des évolutions proches de l’inflation aux 1er août 2026, 2027 et 2028. Autrement dit, pas de mauvaise surprise à court terme sur cette composante — ce qui n’est pas le cas de la fourniture, beaucoup plus volatile.
Du devis à l’AG : calendrier réaliste et pièges à éviter
Sur le papier, changer de fournisseur prend 30 jours. Soyons réalistes : dans les dossiers que j’accompagne, il faut plutôt compter 3 à 4 mois entre le premier contact et la transition effective. Pourquoi ? Parce que tout doit passer par l’assemblée générale, et les AG ne se tiennent pas tous les mois.
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Analyse des factures actuelles et identification des leviers -
Mise en concurrence auprès de 4-5 fournisseurs -
Préparation des devis comparatifs pour l’AG -
Vote en AG (majorité simple article 24) -
Signature nouveau contrat et demande de résiliation -
Transition effective vers le nouveau fournisseur
Selon les règles de majorité selon Service-Public, le changement de fournisseur se vote à la majorité simple de l’article 24 : il suffit de la majorité des voix exprimées des copropriétaires présents ou représentés. Les abstentionnistes ne comptent pas dans le calcul. C’est accessible — mais encore faut-il arriver en AG avec un dossier béton.

Cas concret : Résidence Les Glycines, Lyon 7e
J’ai accompagné cette copropriété de 68 lots depuis 2024. Le syndic bénévole était dépassé par la hausse des charges. Leur contrat EDF au tarif réglementé n’avait jamais été renégocié depuis 2019, et la puissance était surdimensionnée. La première offre de marché que nous avons présentée a été refusée en AG : les copropriétaires n’avaient pas confiance. J’ai alors préparé un comparatif de 3 devis avec une simulation des économies sur 3 ans, sources à l’appui. Résultat : validation à la 2e AG et économie de 2 400 €/an, soit 18 % de la facture initiale.
8 points à vérifier avant de présenter un devis en AG
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Durée d’engagement (12, 24, 36 mois)
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Type de prix (fixe, indexé, variable)
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Clause de révision tarifaire et conditions
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Frais de résiliation anticipée
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Délai de préavis pour résiliation
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Services inclus (espace client, facturation détaillée)
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Origine de l’électricité (verte, mix énergétique)
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Références clients copropriétés du fournisseur
Si votre copropriété envisage des travaux de rénovation énergétique en parallèle, découvrez les subventions pour votre projet énergétique disponibles en 2026. Mais attention : ne mélangez pas les deux sujets lors du même vote en AG, vous risquez de créer de la confusion.
Vos questions sur l’électricité en copropriété
Un copropriétaire peut-il choisir son propre fournisseur pour les parties communes ?
Non, le contrat d’électricité des parties communes est collectif et nécessite un vote en AG. En revanche, chaque copropriétaire est libre de choisir son fournisseur pour son logement individuel — les deux contrats sont totalement indépendants.
Que se passe-t-il si l’AG refuse le changement de fournisseur ?
Le contrat actuel reste en vigueur. Vous pouvez reproposer le changement à l’AG suivante avec de nouveaux devis ou des arguments complémentaires. J’ai vu des résolutions refusées une première fois passer l’année suivante, simplement parce que le dossier était mieux préparé.
Un courtier en énergie est-il payant pour la copropriété ?
La plupart des courtiers se rémunèrent via une commission versée par le fournisseur choisi. Le service est donc généralement gratuit pour la copropriété. Vérifiez cependant que le courtier travaille avec plusieurs fournisseurs et pas un seul — sinon, vous perdez l’intérêt de la mise en concurrence.
Peut-on revenir au tarif réglementé après avoir choisi une offre de marché ?
Oui, pour les copropriétés éligibles (compteur ≤36 kVA), le retour au TRV est possible à tout moment sans frais. C’est un filet de sécurité appréciable si l’offre de marché choisie s’avère décevante.
Comment savoir si ma copropriété est éligible au tarif réglementé ?
Vérifiez la puissance souscrite sur votre facture ou directement sur le compteur. Si elle est inférieure ou égale à 36 kVA, vous êtes éligible au Tarif Bleu EDF. Au-delà, vous êtes en offre de marché obligatoire depuis 2016.
Précisions sur les tarifs et contrats 2026
- Les tarifs mentionnés sont ceux en vigueur en février 2026 et peuvent évoluer lors des prochaines révisions de la CRE
- Chaque copropriété a un profil de consommation spécifique qui nécessite une analyse personnalisée
- Les économies potentielles dépendent de nombreux facteurs : puissance souscrite, heures de consommation, durée d’engagement
Risques à connaître :
- Risque de surcoût si la version tarifaire du TURPE ne correspond pas au profil d’utilisation réel
- Risque de blocage en AG si les devis présentés sont incomplets ou incomparables
- Risque de pénalités si résiliation anticipée du contrat en cours sans respect des délais de préavis
Pour une analyse personnalisée, consultez un courtier en énergie certifié ou un conseiller du Médiateur de l’Énergie.
La prochaine étape pour vous
Si vous ne devez retenir qu’une chose de ce guide : commencez par récupérer vos trois dernières factures et vérifiez la version tarifaire TURPE appliquée. C’est gratuit, ça prend 10 minutes, et c’est souvent là que se cachent les économies les plus faciles.
Plutôt que de conclure, posez-vous cette question pour votre prochaine AG : avez-vous présenté au moins trois devis comparables aux copropriétaires, ou un seul devis « coup de cœur » du syndic ?
